Accueil Points de vue Monsieur Abdelaziz Mantrach-Vice-président de l’ASMEX et Président de sa Commission Logistique.

Monsieur Abdelaziz Mantrach-Vice-président de l’ASMEX et Président de sa Commission Logistique.

La crise Covid-19 a lourdement affecté le commerce international du fait de perturbations et déstabilisations de la chaîne logistique, depuis l’approvisionnement jusqu’à la distribution. Parmi les différents facteurs à l’origine de ce dysfonctionnement, pouvez-vous nous expliquer particulièrement la problématique du transport en cette conjoncture et son impact direct sur le ralentissement de l’activité économique ?

Le confinement observé dans une majorité de pays a ralenti le commerce international, ce qui a entrainé l’annulation ou le report des commandes émanant des donneurs d’ordres. Par conséquent, les grandes lignes maritimes ont réduit leurs capacités, annulé des départs, immobilisé des navires et suspendu les projets de nouvelle desserte. Cette crise inédite a eu un impact désastreux sur l’économie mondiale, ce qui a abouti à un taux de chômage jamais égalé auparavant, et donc à des répercutions sur les entreprises exportatrices. Les dégâts au niveau de la logistique étaient importants, puisque le taux de réduction des activités est estimé entre 60 à 100% selon le secteur d’activité. De ce fait, deux tiers du secteur de l’exportation ont été impactés gravement par cette pandémie.

Après plus d’1 an et demi depuis le début de cette crise Covid-19, et alors que la reprise d’activité est bien lancée, elle s’en trouve menacée par la persistance, voire le durcissement ces derniers mois de la crise maritime à partir des enceintes portuaires de Chine et d’Asie. Aujourd’hui, on constate même des encombrements au niveau des ports américains et européens. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce phénomène inédit.

Cette crise dans les transports maritimes est mondiale et touche tous les pays du monde pour les flux Est-Ouest notamment en départ de Chine, à destination de tous les pays de l’occident ; ce qui veut dire que tous les pays y compris les grandes puissances et les pays développés ont été touchés de plein fouet par le phénomène d’augmentation des frets du transport maritime. Effectivement, les taux de fret maritime ont connu une flambée sans précèdent qui a impacté lourdement les prix de revient des marchandises importées de l’extrême orient, et dans une moindre mesure au départ de pays d’autres régions. On assiste à une rareté des navires et la majorité des bateaux disponibles sont pleins. Cette situation est due à l’augmentation vertigineuse des prix de la matière première ainsi qu’à l’explosion de la demande grâce aux sommes faramineuses injectées par certains pays pour booster la consommation des ménages post pandémie COVID 19. La solution donc de retour à la normale ne peut venir que de la baisse de la demande mondiale, ce qui se traduira par des navires à moitié vides, et donc aboutira comme par le passé à une concurrence acharnée entre les armateurs, provoquant sans nul doute une baisse du taux de fret.

La crise COVID-19 a définitivement démontré que la performance d’une entreprise repose sur la constance d’une chaine logistique fiable dont les coûts doivent être optimisés. De quels outils nos opérateurs disposent-ils aujourd’hui pour anticiper et se couvrir de tous les éventuels nouveaux risques ? Par exemple, outre les incoterms, existe-t-il des produits de couverture du risque de fluctuation des coûts du transport comme il en existe pour les cours de change ou encore ceux des matières premières?

Malheureusement je ne connais pas de couverture sur la fluctuation du cours du fret maritime, car ce phénomène est nouveau étant donné que l’offre était plus importante depuis plusieurs décennies et donc le chargeur bénéficiait de taux de fret ridiculement bas, ce qui n’est pas le cas depuis deux ans à cause de l’augmentation vertigineuse de la demande.

Dans ce contexte encore baigné d’incertitude, quelles solutions préconisez-vous pour favoriser la résilience de nos PME et leur permettre de maintenir ce cap de relance dans lequel s’inscrivent nos échanges extérieurs depuis le début de cette année?

Il est évident que toute entreprise opérant dans le secteur du commerce extérieur doit s’adapter à cette situation post-Covid-19 pour pérenniser son activité. L’anticipation et la réactivité doivent désormais être les fondamentaux des relations avec les clients étrangers. Sur l’aspect logistique, la solution serait de massifier les réservations de fret pour attirer des navires de plus grande taille et tirer vers le bas les taux de fret. Mais de manière générale, outre le principe de diversification des sources d’approvisionnement en matières premières et intrants, il est évident que la première leçon à retenir de cette crise est de fabriquer localement, et donc la nécessité d’un développement et d’un soutien harmonieux de notre industrie nationale pour limiter la dépendance de notre économie vis-à-vis de l’international. Nous sommes tous d’accord qu’il faut encourager le Made in Morocco en termes de consommation, mais aussi en termes de promotion à l’international. L’exemple des bavettes est, en cela, très riche en enseignements. Les pays développés vont certainement repenser leur approche et relocaliser les industries stratégiques qui étaient implantées en Asie. C’est pour cela qu’il est intéressant de démarcher nos pays amis européens, de sorte à proposer le Maroc comme plateforme de relocalisation étant donné les atouts de proximité et de compétitivité dont dispose notre pays. L’autre grande leçon que nous tirons de cette crise est l’importance de la digitalisation et du développement du e-commerce pour nos opérateurs économiques en général et nos exportateurs en particulier. C’est grâce à cela que nous avons pu maintenir une bonne partie des commandes dans ce contexte difficile.

Pour conclure, pourriez-vous nous rappeler le rôle et les principales actions d’accompagnement menées en cette période de crise Covid-19 par la Commission Logistique de l’ASMEX que vous présidez?

Le rôle de l’ASMEX c’est d’encadrer et de soutenir les exportateurs notamment en période de crise. Parallèlement, toutes les instances de l’association ont été mobilisées dès le 1er confinement pour anticiper, réfléchir et analyser la situation afin de permettre à l’ASMEX de jouer pleinement son rôle de force de proposition pour le gouvernement. À diverses reprises, des rencontres et des réunions en format visioconférence ont permis aux exportateurs d’exposer leurs problématiques à des responsables du gouvernement et/ou des secteurs bancaire et d’assurance. Plusieurs propositions ont été faites à ce titre et d’autres sont élaborées continuellement par une commission constituée spécialement à cet effet pour préparer et accompagner cette phase d’après Covid-19. Sans oublier que la priorité absolue chez l'ASMEX, à travers sa commission logistique, c’est de profiter de toutes les occasions pour appeler à reconstruire la flotte nationale. Il est extrêmement important de pouvoir réquisitionner des bateaux pour les envoyer là où on veut en période de crise, ne serait-ce que pour des transports stratégiques dans des conditions compétitives pour nos exportations notamment par camions TIR ainsi que pour nos compatriotes vivant à l'étranger. Pour être complémentaire aux services maritimes et méga-transporteurs, l’idéal serait de réquisitionner des bateaux sous pavillon marocain et les dévier sur d'autres destinations stratégiques de niche comme l'Afrique ou autres, au lieu de les envoyer sur les ports habituels.


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